J'ai lu le billet de Monsieur Poireau 'Le suicide [ceux qui restent]'. Titre évocateur s'il en est! J'ai voulu commenter et je me suis retrouvée avec une vingtaine de lignes, comme ça, comme pour rien. Alors, j'ai écrit: 'No comment'. Mais en fait, si. 'Comment' ! A tel point le 'comment' que j'ai décidé d'en faire, à mon tour, un billet. C'est assez rare que je parle vraiment de moi sur ce blog. Parfois ça m'arrive. C'est le cas ce soir.
Une distinction d'abord. Entre une tentative de suicide, sorte d'appel au secours adressé à un/des tiers et un suicide -réussi ou non- dont l'intention est bien de mourir. Il n'est adressé à personne en particulier. C'est simplement le besoin d'en finir au plus vite. A mes yeux, il n'y a pas une catégorie 'plus grave' que l'autre. Elles sont simplement différentes. Dans son billet, je présume que Monsieur Poireau parle de la seconde catégorie. En connaissance de cause, je voudrais lui répondre, vous répondre, du mieux que je peux.
Quitte à en faire hurler plus d'un, je reste convaincue que le suicide peut être une solution. Comment vous l'expliquer si vous ne l'avez pas vécu dans votre chair ? Comment faire comprendre à ceux qui restent qu'à un moment, c'est trop ? Qu'ils n'y sont pour rien. C'est trop, c'est tout...
L'espoir avait disparu depuis longtemps. Je ne vivais plus, je survivais tout juste. Il y avait, au plus profond de moi, une telle rage, une telle haine du monde, des gens, mais surtout de moi-même. Je n'avais plus aucune considération ni pour mon esprit, ni pour mon corps. Non, ça allait beaucoup plus loin que ça. Je haïssais cet esprit assassin, sans cesse en questionnement mais incapable de trouver des réponses. Et de même, je haïssais ce corps, cette entrave, douloureuse, malade, mortifère. La vie, ma survie, était une guerre ouverte entre moi et moi. Un enfer.
Quand je sentais que le 'trop' devenait insoutenable, je m'organisais des nuits 'petit bonhomme rouge' - en référence au Johnny Walker-. J'écrivais, j'écoutais de la musique, je buvais. J'éteignais toutes connexions extérieures et me mettais en contact direct avec moi-même. C'était pas tendre. Pour vous faire une idée, je vous livre quelques extraits -les plus acceptables, pardonnez ce reste de pudeur-. Je n'ai touché à rien si ce n'est quelques fautes d'orthographes -qui sont légions dans ce contexte- afin que vous compreniez au mieux. La ponctuation est rare. Comme l'orthographe, elle ne me paraissait pas essentielle.
regard fixe mâchoire serrée à exploser tous muscle tendus à exploser pas un cm carré de calme tout est noir noir noir fureur haine haine haine haine de moi de cette conne de cette merde que je suis
mes mains sur mon front. Mes paumes. Qui tapent qui tapent qui tapent encore et encore et encore. Quelle haine quelle violence y en a trop trop ca déborde ! ca déborde ça vomi de partout de tout les pores de ta peau connasse ! mais t’es qui toi ! t’es qui toi ! se calmer se calmer reprendre son souffle pleurer dégager cette violence. J’arrive pas j’arrive pas à pleurer. Whisky ! le whisky ca aide ca aide à sortir tout ça. Les poing maintenant, les poings sur mon front sur ma tête sur cette tête de grande malade de débile profonde de merde ! et la musique ! la musique canalise la musique canalise la violence. Je frappe moins, j’écris plus ! la musique. Qd lhumour ne suffit plus musique whisky cigarettes. C’est la solution !
Qu’il est laid ce monde.
Alors de morts en morts, de traitements inutiles en opérations invalidantes, de défis -aussi bien professionnels que privés- lamentablement ratés, je survie... jusqu'au jour ou... la petite goutte... et il n'y a plus qu'une chose qui compte: que tout ça s'arrête! Vite! Très vite!
Je le redis, je reste convaincue que le suicide peut être une solution. Dans un tel contexte, rien ne peut laisser présager d'une vie moins douloureuse, rien ne peut laisser penser que le soleil se lèvera demain, éventuellement... Il peut être une solution.
Aujourd'hui, ça va mieux, merci. J'ai raté mon coup et c'est finalement peut-être pas une mauvaise chose. Il y a quelques mois, un de 'ceux qui restent' me demandait si je regrettais. Je ne peux pas répondre. Est-ce que ça valait le coup? Est-ce que j'ai engrangé/engendré plus de bonheur que de souffrance? Le pour, le contre? Comment savoir? Je le saurais le jour de ma mort. Mais ça va mieux merci...